26 novembre 2021

La violence sourde fait référence à « ce qui FAIT violence », alors que la violence manifeste porte sur « ce qui EST violent ». A la différence de la VS, la VM est une attaque pour détruire l’autre ( non consciemment) repérable immédiatement. Le repérage de la VS se fait au niveau émotionnel (soit bloqué, soit explosif). En général, le coté explosif est exprimé par l’enfant en consultation, le coté bloqué par le(s) parent(s).
La violence sourde est une violence non exprimée mais perceptible. Elle n’est pas exprimée verbalement dans les récits familiaux, on ne l’observe pas dans les interactions directes. On assiste à ses effets dans des perceptions qui semblent incongrues, démesurées, n’allant pas de soi. L’un ou l’autre membre de la famille est désigné comme coupable, parfois même à tour de rôle. La VS, renvoie à la notion de traumatismes et donc de dissociations. La VS est caractérisée par la présence de fantômes venant du transgénérationnel. Dans le présent, elle est exprimée par un enfant qui la met en scène, qui en est victime mais qui est accusé d’être celui qui pose des problèmes. L’enfant par son comportement, interroge l’histoire, laquelle justement n’est pas accessible et , d’une manière ou d’une autre, a fait violence. Cet enfant endosse le rôle de patient désigné. La violence pensée comme un processus nous permet d’envisager ce qui se fait sans pouvoir se dire. Le thérapeute a à repérer cet invisible qui passe par les ressentis (affectifs, émotionnels, corporels)….
En général, chez les petits enfants, nous observons de l’agitation, un comportement social dérangeant, diagnostiqué « TOP », « TDHA ». Quel que soit l’âge, on observe une hypervigilance. Ces enfant, dont la préoccupation est focalisée sur les problèmes de violences familiales, ont une concentration et des états émotionnels instables les conduisant à des comportements imprévisibles et insupportables socialement. A l’inverse, on observe des enfants anormalement stables, prévisibles, trop supportables, parfaits voire « précoces ». Souvent ce qu’exprime l’enfant n’est pas compris malgré des tentatives d’écoute de certains adultes. Modifier les dysfonctionnements nécessite de les repérer, les séparer, les rendre conscients et les élaborer en famille. Les fonctionnements de base sont si ancrés qu’ils semblent « normaux » aux famille. Ils sont toujours cohérents avec leur histoire. Entrer dans leur monde permet au thérapeute de saisir cette cohérence dans le transgénérationnel….La porte d’entrée vers les fantômes du passé se situe dans les interactions avec la famille et dans le vécu émotionnel et sensoriel es thérapeutes….Quand le corps de l’enfant parle, si les adultes répondent au niveau cognitif, alors malentendus et incompréhensions activent la violence sourde…Le cognitif du thérapeute est mis au service du corps parlant de l’enfant. Le repérage se fait de la violence sourde se fait à partir des corps sensori- émotionnels en présence. Le comportement du corps de l’enfant n’est qu’un metteur en scène de situation anciennes. Le thérapeute cherche à faire expérimenter à la famille un partage émotionnel qui sort les parents et les enfants d’un sentiment de solitude (signe VS) qui continue à faire violence….Le but est de dégager l’enfant de son rôle de patient désigné. Le problème appartient à la famille et chacun peut y faire quelque chose…Ce changement de perspective sur la famille et la famille sur elle-même conduit les adultes à accepter une recherche dans le transgénérationnel. Ce travail permet une prise de conscience de la violence des histoires passées et un changement de représentation au sujet des enfants. Ils ne sont plus LE problème mais des victimes d’un temps passé et de ressources dans le temps présent et à venir…. Travailler la violence sourde doit conduire les parents à une remise en question de leurs histoires familiales transgénérationnelles, une identification des répétitions et une capacité à mettre en lien ce qui s’est passé avec ce que l’enfant (re)met en scène…
…Une approche intégrative modifiant les mémoires traumatiques sont indispensables pour aboutir à des changements de niveau….
Sortir de la violence nécessite de rendre humain ce qui est inhumain… Le thérapeute traduit les comportements de l’enfant, accueille les émotions, installe un espace d’empathie qui crée de l’humanité.
Article: Hypnose et thérapies brèves – Revue N° 63-Véronique Cohier-Rahban « Humaniser le lien: violence sourde et fantômes ». p.92-103